MacLauchlan et Allen cognent aux portes des Madawaskayens

En application de l’article IV du Traité, les deux commissaires nommés par Fredericton, James A. MacLauchlan et John C. Allen, visitent, à partir d’avril 1845, les occupants des possessions de Sa Majesté britannique situées au nord du fleuve Saint-Jean. L’enquête sur le terrain servira notamment à produire onze cartes (celles reliées dans l’atlas exposé dans la vitrine ci-devant). Ces plans définissent le cadastre du territoire néobrunswickois reconnu par le Traité et précisent, pour chaque lot, le nom du propriétaire confirmé, la localisation géographique et la superficie en acres de chaque parcelle.
 
 
De la Réserve indienne à la Seigneurie du Madoueska
Cette carte de la série néobrunswickoise fournit un bel aperçu du travail de MacLauchlan et Allen. Elle décrit les lots riverains de la rivière Madawaska depuis le Petit Sault jusqu’à la frontière actuelle du Québec. Comme chacune des autres cartes de la série, on ne se lasse pas de l’examiner. Notons, à titre d’exemples, ces quelques observations :
 
  • La rivière Madawaska s’appelait à l’époque Petite Rivière Madawaska (et la région actuelle de Saint-Jacques s’appelait Petit-Madawaska)
  • Les noms des familles riveraines de la rivière Madawaska apparaissent d’origines très variées, acadienne, canadienne (québécoise), irlandaise, écossaise, anglaise…
  • Le premier lot au bas de la carte, non numéroté, fut exceptionnellement concédé à Simon Hébert avant le Traité; c’est sur cette terre que se trouvait en 1842 le fortin du Petit Sault
  • Se sont ensuite construits sur ce lot le premier « centre-ville » d’Edmundston (rue Victoria, aujourd’hui un parc) et, plus récemment, de nombreux édifices importants (boulevard Hébert), y inclus le Musée historique du Madawaska
  • Sur le lot où se lit le mot Reserve se trouve l’actuel centre-ville d’Edmundston; le lieu fut aussi le site primitif de la bourgade malécite
  • Les propriétaires des lots numérotés 1 à 6 situés au confluent des deux rivières ne sont pas identifiés; les terres faisant face au fleuve sont définies ailleurs sur une autre carte consacrée à la rive du fleuve Saint-Jean (voir la carte mosaïque)
  • Le « chemin postal en provenance de Grand-Sault » est l’ancêtre, au Petit-Sault, de l’actuel chemin Canada (c’est-à-dire chemin « du » Canada, le Nouveau-Brunswick ne devenant partie prenante de la Confédération qu’en 1867)
 
Le vieil atlas conservé aux Archives provinciales du Nouveau-Brunswick et exposé dans la vitrine ci-devant relie onze cartes produites sous les soins de James MacLauchlan et John C. Allen, les deux commissaires nommés par Fredericton pour enquêter sur le terrain afin de régler définitivement toutes les revendications équitables de possession de terres dans le territoire reconnu par le Traité de Washington comme étant celui de Sa Majesté britannique. Le « Plan No 11 » délimite ainsi les lots du Madawaska néobrunswickois situés les plus au sud et à l’est à la signature du Traité.
 
 
 
 
Entre le fort Carleton et l’établissement de la Grande Rivière
« Après avoir fait le portage des chutes, la petite flottille fit halte sur le promontoire […] Ils étaient au seuil du nouveau pays, le pays de la paix que dans leurs rêves ils avaient évoqué. » (Thomas Albert, décrivant l’arrivée des Acadiens au Madawaska, en juin 1785, dans son Histoire du Madawaska, p. 92) Le « Plan No 11 » donne un aperçu du paysage humain que pouvaient découvrir les voyageurs remontant le Grand-Sault une soixantaine d’années plus tard. Notons, à titre d’exemples, ces quelques observations :
 
  • Pour défendre la frontière, le gouverneur du Nouveau-Brunswick, Thomas Carleton, fit construire un fort près du Grand-Sault en 1791; la carte montre, en rose, l’étendue du terrain attribué aux fonctions militaires
  • Les noms des familles riveraines du fleuve à l’ouest des cataractes sont d’origines variées, mais avec une nette prédominance de patronymes acadiens (notamment les Cyr et Thibaudeau)
  • La carte indique clairement l’autre frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick « commençant au monument situé à la source de la rivière Sainte-Croix [… et] de là vers le nord […], jusqu’à son intersection avec le fleuve Saint-Jean »
  • Ce même méridien sud-nord servira en 1873 de point de départ au découpage, à même le comté de Victoria, du nouveau comté de Madawaska, à partir du lot 170 de Joseph Dupré inclusivement
  • Le « chemin postal », ancêtre de la route transcanadienne, est marqué from Quebec , à gauche, et To Halifax, à droite; pour les autorités britanniques, le Traité devait à tout prix conserver ce lien entre les deux capitales
  • Le centre-ville actuel de Grand-Sault occupe le lobe d’un méandre du fleuve; les militaires prévoyaient y creuser un canal permettant aux navires de franchir la dénivellation de 20 mètres entre le haut Saint-Jean et les gorges
  • Le tracé du canal révèle l’emplacement actuel d’un tunnel qui force l’eau du bassin supérieur à actionner les turbines de la centrale hydroélectrique aménagée dans le bassin inférieur
  • Comme la carte en fait foi, le town de Grand-Sault s’appelait autrefois Colebrooke, d’après le nom du gouverneur du Nouveau-Brunswick; évolution inverse plus au nord, où Petit-Sault est devenu Edmundston, d’après le gouverneur suivant
 

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