Londres et Washington se disputent terres et forêts

L’article 2 du traité de Paris (1783) espérait « prévenir toute dispute qui pourrait s’élever à l’avenir au sujet des frontières des dits États-Unis… » En réalité, cet article a engendré d’interminables disputes. Où est la vraie Sainte-Croix, point de départ de la frontière ? Et ces « hautes terres », censées partager les eaux du Saint-Laurent de celles de l’Atlantique ? À coup de commissions et de cartes, on en arrive en 1839 à se préparer pour une vraie guerre. Le Maine fait construire les forts Fairfield et Kent. Les Britanniques répliquent avec Grand-Sault, Petit-Sault, Dégelé et Ingall.
 
 
Et si l’Acadie des terres et forêts avait été entièrement en territoire des États-Unis ?
En 1838, Edward Kent, gouverneur du Maine, mandate une Commission pour localiser la frontière nord-est de l’État. Sur cette carte, la Commission souligne à grands traits que le Madawaska et le Témiscouata appartiennent au Maine en se basant sur la Proclamation royale de 1763 (ligne bleue), l’Acte de Québec de 1774 (ligne jaune) et le Traité de Paris de 1783 (ligne rouge). Une fine ligne verte présente discrètement le point de vue britannique et sa référence, la colline de Mars Hill, mieux reconnaissable de nos jours par ses nombreuses éoliennes.
 
 
L’œil d’un Britannique sur le Petit Sault au temps de la confrontation
Philip John Bainbrigge (1817-1881) est un officier de l’armée britannique doté d’un talent d’artiste. En poste au Canada depuis 1836, l’armée lui confie des tâches de reconnaissance sur les capacités de défense des ennemis et le mandat d’étudier la question du litige frontalier. Entre 1838 et 1842, en pleine « guerre de l’Aroostook », Bainbrigge séjourne à plusieurs reprises au Madawaska et au Témiscouata. Parmi ses dessins et aquarelles ayant survécu, on trouve des images rares de l’Acadie des terres et forêts à l’époque.
 

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