Exposition

L’Acadie des terres et forêts 

« Frontières contestées & Familles retrouvées »
 
La tenue en août 2014 du cinquième Congrès mondial acadien constitue une occasion privilégiée de se pencher sur les surprenants liens historiques et géographiques unissant les communautés participantes de cinq comtés voisins du Nouveau-Brunswick, du Maine et du Québec.
 
Rappelons que l’Acadie des terres et forêts — par opposition à l’Acadie maritime — ne commence à se peupler systématiquement qu’en 1785, soit trente ans après la Déportation. Jusque vers 1845, l’occupation du territoire se fait de façon anarchique. Pendant que les USA et la Grande-Bretagne débattent de la frontière, la population augmente et de nouveaux arrivants s’installent, sans nécessairement obtenir les droits officiels de propriété du terrain. Les autorités américaines et britanniques mènent bien plusieurs recensements dans la région, mais pour ne pas envenimer la situation, s’abstiennent généralement d’y concéder des terres. Le conflit résolu, en 1842, Augusta et Fredericton envoient des commissaires sur place régulariser la situation. Les occupants répondant aux critères du Traité reçoivent ainsi un titre officiel de propriété et les lots sont arpentés et marqués. 
 
À cette occasion, de nombreux documents sont produits, dont des cartes de cadastre et un recueil de témoignages des occupants. En raison de cette histoire particulière, il existe au sujet des personnes sur le territoire à ses débuts une documentation officielle détaillée comme on n’en retrouve pas l’équivalent ailleurs pour les autres populations environnantes à la même époque. Notre mise en valeur de cette documentation d’archives constitue le temps fort de notre projet. Nous voulons la partager sous plusieurs formes. D’abord, par une exposition présentée au Musée historique du Madawaska et qui deviendra ensuite itinérante. Ce numéro de la Revue de la Société historique du Madawaska, qui lui est entièrement consacré, constitue aussi un catalogue de cette exposition. Parallèlement, les outils informatiques mis au point pendant le projet sont intégrés progressivement dans un site web du Musée et permettront aux internautes de poursuivre plus à fond leurs propres recherches.
 
Tant les visiteurs se présentant au Musée que les lecteurs de la Revue peuvent apprécier les cartes et documents anciens mis en valeur grâce à une interprétation déclinée en dix étapes :
 
Au commencement étaient… les terres et forêts - La première étape illustre la méconnaissance du territoire par les Européens au 16e siècle, les premières incursions européennes dans la vallée du Haut Saint-Jean et la Diaspora acadienne au lendemain des déportations.
 
Graine de république au Madawaska - La deuxième étape traite de l’arrivée des premiers habitants à l’aide des plus anciens documents d’archives, incluant une première carte faite dans la région en 1787, par George Sproule, arpenteur général du Nouveau-Brunswick. 
 
Londres et Washington se disputent terres et forêts - La troisième étape rappelle le contexte du moment où tout le territoire était revendiqué tant par les États-Unis que par l’Empire britannique. 
 
Ashburton et Webster divisent terres, forêts… et familles - La quatrième étape décrit le traité de Washington (1842), ses éléments significatifs et les répercussions de ce protocole qui a réglé la question de la frontière internationale, mais pas que ça.
 
Fredericton et Augusta intègrent « leurs » Madawaska - La cinquième étape présente le travail des commissions américaine et britannique venues régulariser la propriété des lots au lendemain de la signature du traité. Des extraits du Livre des concessions au Madawaska (Madawaska Grant Book) nous apprennent la manière par laquelle les occupants mettaient la main sur leurs terres à l’époque.
 
MacLauchlan et Allen cognent aux portes des Madawaskayens - La sixième étape — la partie centrale du projet — comprend trois modules. Les deux premiers interprètent chacun une carte-type de l’Atlas cadastral créé entre 1844 et 1847. Une première carte nous parle de l’endroit qui a fini par être le site de la ville d’Edmundston et des lots situés le long de la Madawaska jusqu’à la frontière du Québec. La deuxième carte présente la partie sud du territoire « britannique », jusqu’à et incluant l’actuelle ville de Grand-Sault.
 
Eastman, Dana et Cunningham visitent les « Américains » - Le troisième module de l’étape 6 nous informe sur une carte délimitant les lots de la rive sud du fleuve Saint-Jean de part et d’autre de la Fish River dans le Maine américain.
 
Chaque famille madawaskayenne a son histoire – La septième étape sera particulièrement intéressante pour qui s’adonne à la généalogie. Deux tableaux montrent la distribution des familles de part et d’autre du Saint-Jean, le nombre de lots qu’elles occupent et la superficie totale de leurs concessions. 
 
Québec et Fredericton se disputent terres et forêts – La huitième étape aborde la question de la frontière interprovinciale entre le Québec et le Nouveau-Brunswick. 
 
Y’a une étoile pour chacun de nous – La neuvième étape illustre allégoriquement que l’Acadie contemporaine est une Acadie du monde et nous invite à redécouvrir l’unicité d’une Acadie des terres et forêts sans frontières, ni internes, ni externes.
 
Hommage aux partenaires - Une dernière étape présente l’ensemble des partenaires qui ont rendu ce projet possible et auxquels nous adressons nos remerciements. 
 
Tout au long du parcours, les visiteurs de l’exposition comme les lecteurs de la Revue sont guidés par une frise chronologique, une ligne du temps, rappelant les événements marquants pour la région de 100 années choisies. Des outils disponibles pendant l’exposition et en ligne permettent aussi de poursuivre des recherches dans nos bases de données.
 
Ce projet démontre, au-delà de toutes ses découvertes, que l’Acadie des terres et forêts forme un ensemble unique, certes formé de trois constituantes, mais dont les populations partagent une géographie et une histoire communes, faites de frontières contestées, mais aussi de familles retrouvées, à l’interface des grands courants de l’histoire de l’Amérique.