Au commencement étaient… les terres et forêts

Vue de la Station spatiale internationale, l’Acadie des terres et forêts apparait sans frontières. On y distingue le long fleuve Saint-Jean, alimenté par tout un réseau de rivières, dont l’Aroostook et l’Allagash dans le Maine, la Grande Rivière, la Quisibis, les rivières Verte et Iroquois au Nouveau-Brunswick et le grand lac Témiscouata au Québec, lequel se déverse dans la Madawaska, un nom qui s’applique aussi au grand territoire historique habité d’abord par les Malécites, puis par des familles d’origine européenne, réunies en 2014 au cinquième Congrès mondial acadien.
 


L’Amérique méconnue et méconnaissable des Européens il y a 500 ans
En 1514, Christophe Colomb est mort depuis huit ans seulement et Jacques Cartier, qui accostera en Gaspésie en 1534, n’a que 23 ans. Les cartographes de l’époque manquent de connaissances, mais non d’imagination. La carte de Pierre Desceliers, réalisée en 1546 pour le roi François 1er, désoriente le lecteur moderne : Où est le nord? LA MEXIQVE et LA FLORIDE figurent au haut de la carte et LA TERRE DV LABOVREVR [le Labrador] au bas. L’existence du lac Témiscouata, de la rivière Madawaska ou du fleuve Saint-Jean restait alors le secret des nations autochtones.
 
 
Le Madawaska, d’abord et toujours, le lien privilégié entre le Québec et l’Acadie
La voie de communication entre le Saint-Laurent et la Baie française (baie de Fundy) passe par la rivière du Loup, le lac Madouesca (Témiscouata) et le Saint-Jean. Mgr de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, l’emprunte en 1686. Au Madawaska, il ne trouve pas d'Européens, mais des autochtones, dont un qui parle français. Le trajet apparait clairement sur la carte de Jean-Baptiste-Louis Franquelin, dessinée en 1688 pour le roi Louis XIV. Le toponyme « Nouvelle France », qui s’étend au-delà de la rivière Saint-Georges (Kennebec), préfigure le futur conflit des frontières dans la région.
 
 
 
Une nouvelle Acadie, généalogique, nait quand la France et l’Angleterre font la paix
Au Traité de Paris (1763) qui met officiellement fin à la Nouvelle-France, les Acadiens sont éparpillés. La majorité ont été déportés dans les colonies américaines, en Angleterre et en France. Certains sont restés prisonniers dans l’ancienne Acadie. D’autres ont fui et cherché refuge au Québec et même en forêt. Le regretté géographe Robert A. Leblanc en a dénombré 12 618. Les Acadiens ne prendront souche au Madawaska que 22 ans plus tard en 1785.
 
 
Un chapitre méconnu de la Renaissance acadienne : L’Acadie des terres et forêts
En 1991, Parcs Canada et le Centre d’études acadiennes de l’Université de Moncton publient une grande affiche intitulée Acadie : L’odyssée d’un peuple. Distribuée depuis à plus de 40 000 exemplaires, cette synthèse explique la diaspora actuelle des Acadiens par les déportations (1755-1762) et autres migrations subséquentes. Une adaptation stylisée de cette carte figure aujourd’hui sur une série de monuments installés dans les lieux phares de la Renaissance acadienne, dont Saint-Basile, berceau du Madawaska et de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler l’Acadie des terres et forêts.
 

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